La dégénérescence de la marque

1. Résumé

Afin d’éviter la déchéance de la marque, son titulaire doit prendre des mesures pour éviter qu’elle devienne la désignation usuelle du produit ou du service dans le commerce, en rappelant aux tiers qui l’utilisent le caractère protégé de la marque et en introduisant une procédure contentieuse le cas échéant. 

C’est ce que rappelle la Cour de cassation dans un arrêt du 13 novembre 2025 n°24-14.449.

2. Les faits 

En l’espèce, le 30 janvier 2006, la société Tennis d’Aquitaine a déposé la marque verbale française « City Stade » sous les classes 6 et 19 à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) pour désigner une « structure complète en acier habillé bois ou métal permettant la pratique de différents sports (tennis, basket, football) ».

Le 23 février 2006, la Société Sport et loisirs a sollicité la déchéance de la marque auprès de l’INPI en soutenant que la marque « City Stade » est devenue la désignation usuelle du produit pour lequel elle est enregistrée.

L’INPI a rejeté la demande de déchéance.

Néanmoins, la cour d’appel de Colmar a prononcé la déchéance de la marque dans un arrêt rendu le 6 mars 2024, en considérant :

–        d’une part, que la société Sport et Loisirs a participé par son inaction à la dégénérescence de sa marque en n’envoyant que trois lettres de mises en demeure de cesser son usage à ses concurrents et de ne pas avoir engagé d’action judiciaire, avant le présent litige ;

–        d’autre part, que les pièces produites établissent un usage régulier et progressif des termes « city stade » de manière générique depuis 2016.

C’est en l’état que se présente le litige devant la Cour de cassation.

3. La décision de la Cour de cassation du 13 novembre 2025

L’article L.714-6 a) du code de la propriété intellectuelle énonce que : 

Encourt la déchéance de ses droits le titulaire d’une marque devenue de son fait :

a) La désignation usuelle dans le commerce du produit ou du service ; (…) ” 

Selon la Cour de cassation, il résulte de cet article, interprété à la lumière de l’article 20, sous a), de la directive (UE) 2015/2436 du 16 décembre 2015 rapprochant les législations des États membres sur les marques, le titulaire d’une marque devenue, du fait de son activité ou de son inactivité, la désignation usuelle dans le commerce du produit ou du service pour lequel elle est enregistrée, encourt la déchéance de ses droits.

La société Tennis d’Aquitaine conteste, devant la Cour de cassation, la déchéance de ses droits sur la marque « City Stade », en vain.

La Cour de cassation retient que « par son inactivité » la société Tennis d’Aquitaine a contribué à la dégénérescence de sa marque verbale « City Stade ».

Elle valide ainsi la déchéance de la marque prononcée par la Cour d’Appel.

4. Les enseignements 

    Plusieurs enseignements pratiques doivent être tirés de cet arrêt :

    –        le titulaire d’un droit privatif sur une marque devrait systématiquement mettre en demeure de cesser son usage à ses concurrents,

    –        le titulaire ne peut justifier l’absence de rappel du caractère protégé de sa marque à ses partenaires commerciaux ;

    –        en cas de non respect des mises en demeure, une procédure contentieuse doit être introduite.

     A défaut, le titulaire du droit privatif sur la marque risque la déchéance de celle-ci.

    Jessy Pollux
    Avocate

    Contacter le cabinet en Droit du Numérique Pollux Avocat


    Le Cabinet met en œuvre un traitement de données à caractère personnel, dont il est responsable, afin de répondre à vos demandes et, si vous y consentez, lui permettre d’assurer la gestion de la prospection pour vous tenir informés des activités du cabinet et des dernières actualités le concernant et gérer les oppositions à la réception desdites communications. C’est pourquoi les données nécessaires aux fins de vous adresser lesdites communications et de gérer vos oppositions sont recueillies : civilité, nom, prénom, adresse e-mail, opposition.
    Le traitement lié à l’envoi des prospections électroniques est fondé sur votre consentement, matérialisé par une case à cocher dans le formulaire de collecte.

    Vous pourrez le retirer à tout moment par mail et par un lien de désinscription. S’agissant de la gestion de la liste des oppositions, le traitement est fondé sur nos obligations légales.

    Les données sont conservées jusqu’à ce que vous nous informiez de votre souhait de ne plus recevoir les communications du cabinet et au plus tard 3 ans à compter du dernier contact avec le Cabinet.
    Concernant l’opposition, nous conservons vos données pendant une durée de 3 ans.
    Les données collectées sont obligatoires. A défaut, nous ne pourrons pas vous adresser nos lettres d’information.
    Ces données sont destinées aux prestataires habilités du Cabinet.

    Conformément à la règlementation informatique et libertés, vous disposez d’un droit d’interrogation, d’accès et de rectification des données vous concernant, ainsi que d’un droit d’opposition à la prospection.
    Ces droits s’exercent par mail à l’adresse dpo@jessypollux.fr ou courrier à l’adresse postale du Cabinet.
    En cas d’insatisfaction suite à la réponse qui vous sera apportée, vous pourrez déposer une plainte auprès de la CNIL, directement sur son site internet.